Préface

Né le 9 juin 1909 à Volvic, berceau de sa famille, Félix Couchard fit des études scientifiques qui le conduisirent à devenir ingénieur des Arts et Métiers. Peu après survint la guerre à laquelle il participe comme lieutenant navigateur dans l’armée de l’air avant de prendre une part active à la Résistance en Auvergne. Après la fin des hostilités il mena une brillante carrière d’ingénieur conseil en statistique et décèdera le 5 janvier 1986 à Paris des suites d’une longue maladie dont il endura les souffrances avec un rare courage.

 
 
 
 

C’était un homme de caractère qui aimait sa terre d’Auvergne et avait toutes les qualités des gens de cette province : bon sens, ténacité et pugnacité. Il avait en outre une immense passion pour les monnaies et commença à collectionner dès son plus jeune âge d’une manière très originale : le curé de son village triait les pièces démonétisées ou étrangères que chaque prêtre ne manque pas de trouver dans les troncs de l’église ou à l’issue des quêtes et les donnait régulièrement aux enfants de choeur. Ces dons éveillèrent sa curiosité et le poussèrent à faire des recherches sur des monnaies qui n’avaient, bien sûr, aucune valeur marchande, mais qui lui firent prendre goût à la numismatique. Plus tard il ne manquera pas de donner à ses propres enfants pour chaque fête ou anniversaire une monnaie qu’il consignait sur un registre et conservait dans son coffre jusqu’à leur majorité ! Personnellement, j’ai connu Félix Couchard il y a plus de quarante ans, avant que je ne devienne numismate professionnel, et je garde un souvenir amusé de cette époque où nous nous montrions des monnaies : un jour, un bel écu constitutionnel de ma collection le séduisit particulièrement, je n’en avais pas de double et ne tenais pas à l’échanger. Je dus pourtant céder, impressionné sans doute par son insistance et par sa réputation déjà établie de grand collectionneur mais j’en fus royalement dédommagé par un rare essai de Calonne ! Il était de toutes les ventes et de toutes les manifestations numismatiques ; les amateurs parisiens reconnaissaient de loin sa silhouette et sa voix à l’Hôtel Drouot ou chez les experts. Il avait une grande érudition qu’il ne tenait pas secrète. Il possédait le sens de l’objet et la prescience des domaines qui allaient se développer. Féru de numismatique royale française, il rassembla avant les autres les raretés d’atelier. Puis il s’intéressa à la numismatique féodale, en recherchant toujours les exemplaires rares et de la meilleure qualité possible. Vingt ans après sa mort, sa fille nous livre sa collection de monnaies d’or et d’argent qui, au-delà de sa précieuse valeur esthétique, nous fait revivre l’histoire passionnante et complexe de l’Europe durant l’époque gothique et à la fin de la période médiévale.

Alain Weil