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« Il m’a fallu de longs mois pour me réadapter à ce monde dit civilisé. Je me mis tout de suite à peindre des
tableaux dramatiques, violemment contrastés, expressionnistes. C’est dans ces toiles que j’exprimais tout ce
que j’avais vécu et que je vivais encore. »
C’est par ces mots lourds de sens que le Peintre, Dessinateur et Poète Camille Claus conclut le récit de
ce qui marquera son oeuvre à tout jamais, sa captivité dans le camp Russe de Tambov.
Camille Claus est né à Strasbourg le 30 septembre 1920. Il étudie à l’école des Arts Décoratifs de
Strasbourg avant d’en être chassé par l’administration nazifiée de l’établissement, sa peinture étant considérée
comme « judéo-ploutocrate ». Il est alors mobilisé dans l’armée allemande, refuse de signer son livret
militaire, se retrouve dans le camp de Schirmeck, avant d’être enrôlé de force et de faire ses classes à
Dresde. Il y découvre que tous les allemands ne sont pas nazis et sympathise avec un officier qui l’initie
clandestinement aux peintres dits « dégénérés ». Il découvre de fait, la fine fleur de l’avant-garde artistique
allemande, Nolde, Dix, Kirchner, Beckmann…. « un vrai choc pour moi ! » se souviendra-t-il encore, un
demi siècle plus tard.
Mais l’enchantement sera de courte durée : en 1943, année où il épouse Angèle Thomann (deux enfants
naîtront de cette union), il part sur le front Russe. Il sera fait prisonnier en Lettonie à la fin de la guerre et
connaîtra le triste sort des Malgré-Nous de Tambov. Expérience douloureuse qui laissera sur lui une
empreinte indélébile.
Durant toute sa vie Camille Claus sera resté un explorateur infatigable de l‘art, constamment à la
recherche d’une nouvelle manière d’exprimer son fort intérieur, toujours près à surprendre avec de nouveaux
chemins radicalement différents les uns des autres, parfois déroutants mais pour sûr, toujours passionnants.
Claus sera un artiste à contre courant de tout ce que l’on peut attendre alors, un artiste qui restera libre et
inclassable.
Un jour abstrait, un autre figuratif, un jour dessinateur… il intègre très vite dans le traitement de ses
tableaux toutes les leçons de l’Art Moderne, les « métaphysiques », la fluidité de la ligne de Matisse,
le Douanier Rousseau, autant de références qu’il dépasse finalement pour devenir singulier.
La seconde moitié de 1950 est sans doute la période charnière de sa peinture, en effet les caractéristiques
de son oeuvre à suivre s’inscrivent sur la toile, le trait incisif de Camille Claus s’installe, le superflu disparaît,
l’aplat de couleur prend le dessus, la pâte Camille Claus s’affirme alors. C’est une palette aux valeurs
douces mais très sombres qui s’empare de ces oeuvres, comme un voile avec lequel il s’applique à couvrir
ces personnages méditatif. Le jeu des nuances se fait alors subtile, son travail de coloriste émerge. C’est
également l’époque où ce masque neutre si particulier vient s’emparer des visages, l’époque ou Camille
Claus développe une forme en apparence naïve de symbolisme qui ne le quittera plus.
Une poésie du banal, du sujet quotidien et intemporel naît alors sous le pinceau de Claus.
Il présentera sa première exposition particulière à Paris en 1947 et par la suite ne cessera d’exposer
en France et à l’étranger. Le peintre tentera bien de s’y établir à cette même période, mais très vite déçu
il retourne à sa terre natale, car c’est avant tout un artiste des bords du Rhin, ce qui ne l’empêchera pas
de se lier avec des artistes majeurs comme Kokoschka, Dix et Herbin mais aussi avec des hommes de
lettres comme Artaud ou Malraux.
En 1960, c’est une douce revanche sur l’histoire pour lui car il obtient un poste d’enseignant à l’école
des Arts Décoratifs de Strasbourg qu’il occupera jusqu’en 1985.
Et en 2003 le peintre qui s’étonnait du succès de son oeuvre, sera enfin célébré comme il le mérite par
Fabrice Hergott (nouveau directeur du Musée National d’Art Moderne de Paris) et le Musée d’Art
Moderne et Contemporain de Strasbourg, qui lui rend hommage avant d’acquérir sa série Diogène.
Peintre profondément humaniste Camille Claus était cependant d’une grande lucidité sur la vie, en nous
quittant en 2005, il nous a laissé une oeuvre lourde de sens en héritage, une oeuvre aussi grande et
importante que l’homme qu’il était.
Steven RIFF
BIOGRAPHIE
Né le 30 septembre 1920 à Strasbourg
1940 à 1942 Ecole des Arts décoratifs de Strasbourg
1946 à 1947 Salon des Moins de Trente ans à Paris
Depuis 1946 Expositions régulières à Strasbourg et à Paris
1949 Suite de lithographies « Pour Eschyle »
1950 Salon des Réalités Nouvelles Paris
1954 Exposition Internationale de la Gravure à Milan
1955 Kurhaus à Rheinfelden (Suisse)
Depuis 1956 Expositions régulières à la Galerie Creuze Paris
1956 Kunstkabinett Bekker vom Rath à Francfort (Allemagne)
1957 Décoration Murale sur 28 m2 au Foyer de l’Ingénieur à Strasbourg
1958 Illustration « Les Voyages Fantastiques de Julien Grainebis » par André
Dhôtel – Editions Horay
OEuvres au Musée de Strasbourg et nombreuses collections particulières.
1960 Exposition rétrospective de cent peintures et cent cinquante gouaches, aquarelles,
dessins et gravures, salle Balzac Galerie Creuze Paris VIIIème.
« Il sollicite ou accepte des préfaces d’exposition d’une bonne douzaine de littérateurs fameux, aucun
d’eux ne flaire le rival dangereux au langage infiniment plus parlant que le sien.
Il assiste aux soirées d’André Malraux, des Jouhandeau, plutôt en spectateur qu’en participant car Claus
est tout sauf verbal. Mais il est là, il grappille, il glane ce que les autres négligent ou omettent, il va en
faire son miel, son nectar.
Grand lecteur et critique littéraire, il rédige pour un grand journal une rubrique qui reflète sa sincérité
du moment. Une sincérité qui le mène au fil des ans de l’admiration de Gide à celle d’Heidegger en passant
par Kierkegaard et son incontournable « Journal d’un séducteur ». »
« Camille CLAUS ne quitte le crayon que pour la plume ou le pinceau. Une légende, il la dessine, la
réinvente en véritable mythologue. La version originale, il la triture, la malaxe, la malmène, il la fait
sienne. Aventurier en chambre, ce qu’il aime c’est raconter ce qu’il vient de vivre. En Narcisse il se
reconnait, toujours en quête de l’insaisissable nymphe Echo »
« Mon imagination n’était pas libre.
Je peignis des personnages pâles, presque transparents, émergeant d’une nuit cruelle.
On appela cela de l’expressionisme.
Qu’est-ce que cela veut dire ? Tout art n’est-il pas expression, langage ?
Mes toiles furent violentes de couleurs, contrastées, tragiques, imprégnées d’une philosophie de l’absurde.
Je lisais Kafka, Sartre, Camus.
Ma peinture était un arbuste planté sur une terre fertile mais couverte de pierres, une place balayée
par des vents contraires. »
« Un jour je lus l’aphorisme de Vinci : « La peinture est une poésie qui se voit. »
« Le Rhin est la colonne vertébrale de l’Europe, c’est un dieu fort et puissant, Camille Claus est son
prophète.
Raymond CREUZE »
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