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Claude Poilpré, né en 1923, est mort à 64 ans en 1987.
On ne sait trop si c’est un artiste, un philosophe ou un poète qui s’en est allé. Dans les vertiges d’une
imagination débordante, il était peintre, sculpteur, céramiste, pastelliste. Il fabriquait lui-même ses pastels.
Art changeant, inclassable. Aussi Poilpré a-t-il échappé aux rampes de lancement des spéculateurs. Il ne s’en
est jamais plaint, tout au bonheur de concevoir et de réaliser.
Après une période figurative représentée notamment dans cette vente par un autoportrait au graphisme
simplifié et dépouillé, au trait anguleux et insistant, un classicisme austère et dénudé que l’on retrouve dans
ses paysages, construits comme des architectures, avec des lignes toutes de rigidité tranchant sur des fonds
rougeoyants, extrêmement stylistiques, aux limites du théâtral. Ce qui ne l’empêche pas parfois de peindre
des portraits féminins plus maniéristes, personnages ambigus et insolites ou des nus violemment
expressionnistes aux cernes accentuées sur des aplats monochromes, se distinguant par la brutalité du trait.
Il aura oublié de plaire sauf dans certaines gymnopédies de nus dansants
où la technique lisse frôle parfois le surréalisme.
Cette peinture traversera différentes phases pour s’approcher progressivement de l’abstraction. Sa palette
va s’enrichir, la pate se fera plus dense. Ses toiles vont osciller entre l’abstraction lyrique et une abstraction
souvent plus construite.
Pourtant aux plans structurés s’opposera parfois un art plus gestuel. C’est un primitif d’une nouvelle
sensibilité esthétique, inquiet parce que en perpétuel devenir, il ne sera jamais satisfait de ce qu’il crée d’où
toutes ces voltes faces. C’est un caractère libre aux coups de tête inattendus, passant d’un genre à l’autre,
d’une série à l’autre. Peinture de jaillissement lorsqu’il se laissera envahir par une vague de bleus chantants.
Les accords de tonalité sont en quelque sorte le sujet de la toile. Un certain sentiment
d’angoisse est souvent visible dans cet art à la fois ferme et délicat. Les jaunes, les rouges, les gris, soutenus
par quelques accents d’outremer, seront modulés avec une rare habilité technique.
Touche à tout extrêmement doué, peintre, sculpteur, céramiste, il a été plutôt un artisan qu’un artiste. Pour
lui il n’y avait pas de hiérarchie entre les genres. Délivré de toutes influences, il élabore un art où sa
connaissance du métal fera merveille. Habile à battre, forger, river, souder et repousser les métaux. Esprit
imaginatif, aussi bien que praticien consommé, il travaillera sans cesse et ne se sera jamais satisfait de ses
travaux. A côté de ses sculptures en fer soudé, hérissées d’angles et de terminaisons aigues se détachant
dans l’espace, Poilpré invente et crée tout un monde de petites figures fait d’humour et de fantaisie. Ce
qui l’intéresse c’est l’étude du mouvement.
Ces oeuvres ont quelque chose d’irrémédiable que rien ne semble pouvoir modifier. Une vie
frémissante les animent et créent une sculpture qui puisse être regardée en deux
dimensions. Pour lui le vide est un matériau essentiel, vide interstitiel entre les plans ou vide
de l’entourage, c'est-à-dire l’espace.
L’art de Poilpré s’exerce aussi bien par le recours à l’imagination que par
l’observation du réel. Il a la connaissance d’un métier par lequel il se manifeste royalement,
sagement.
Un homme qui a quelque chose à dire.
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