Alfred LESBROS (1873 – 1940)
 
 
 
 

Provençal et avant tout avignonnais, Alfred Lesbros, est devenu peintre comme d’autres rentrent en religion, par vocation. Ni totalement autodidacte, ni discipline, simplement indépendant. Le passage dans les écoles d’art fut moins déterminant que ne le furent les conseils des maîtres provençaux Jules Flour et Pierre Grivolas. A l’heure où le Paris de Montparnasse bouillonnait à la Coupole, Lesbros préférait la fréquentation plus modeste de la Rich Tavern, rendez-vous de ses amis artistes Meissonnier, Jean-Pierre Gras, Bergier, Hurard, et de plus jeunes comme Jean Angladon (Fondation Angladon , Avignon ) neveu du collectionneur Jacques Doucet. Il croise furtivement Signac et Manguin sans pour autant être impressionné. Son indépendance réelle se place à ce niveau.

Au cours de son oeuvre, on retrouvera la même vue traitée de manière différente et à cet égard, La rue de Roussillon ou La rue Barracane furent pointillistes, réalistes, synthétiques, et abstraites, pourtant c’est toujours la même rue, seule sa vision a évoluée : «……Au lieu d’exactitude, chercher la vérité synthétique…. » Lorsqu’il va se promener dans la Montagnette aux alentours de Graveson, de Boulbon, et de Barbentane, avec Auguste Chabaud, et Gatien Gontier discutent-ils seulement de peinture ou bien de ces paysages plus rudes qu’il n’y parait au simple touriste, et fut le lien de leur amitié, et leur donna à tous ces fameuses « leçons de modération de la Montagnette » comme le disait Chabaud.

Sans chercher une reconnaissance particulière, il décide d’exposer à la fois au salon de Lyon et au Salon des Indépendants à Paris (1907-1908 puis de1923 à 1928), au salon d’Automne (1922-1924). Il se trouve à l’initiative des expositions du Groupe de Treize et de celles des Artistes Rhodaniens à Avignon et Lyon.

A partir de 1915, il conçoit des pochoirs décoratifs très colorés, à l’inspiration végétales, l’ensemblier décorateur lyonnais Sornay s’enthousiasme et comprend sa démarche :

« Le mur doit rester un mur, le recouvrir complètement par une peinture décorative me paraît une erreur dans les pièces modernes; les murs intérieurs doivent, comme les murs extérieurs, être d’un aspect le plus vif possible. Toutefois comme certaines parties d’une pièce recevant toujours des meubles auront des ouvertures, il se pourrait et ceci arrive fréquemment même qu’un pan de mur se trouve obligé d’être garni en partie. C’est la place qui revient à l’estampe (au pochoir) ». Son ami Gleizes qui séjourne à Villeneuve les Avignon ne peut que l’encourager, explorant lui-même une voie abstraite et colorée.
Apartir des années trente ce ne sera plus que le jeu des lumières qui monopolise son intérêt. Dans une explosion de joie et de couleurs, alors le cerné blanc, sans remplacer totalement le cerné noir, le supplante et devient un faire valoir de ses paysages, c’est la synthèse des styles et du chemin parcouru. Comme Lesbros le dit dans ses carnets « ……j’ai tué le cafard ….. ».

 
 
 
 
RAMON (né en 1937)
 
 
 
 

Ramon Grimalt, né en 1937, a rejoint la génération en révolte des francs-tireurs de l’art contemporain. Dépassant les éclats passés d’un Dix, d’un Grosz ou d’un Beckmann, il va passer l’art classique à la lampe à souder. Il abandonne lui aussi le picturalement correct pour inventer de nouvelles images bousculant les conventions admises pour les mettre en pièces.

Il pratique un art grossier, brutal, « brut » qui agresse le collectionneur actuel comme furent agressés à l’époque leurs grands-parents par les pensionnaires du Salon des Fauves en 1905.

Un art qui se dispense de l’exégèse des critiques intellectuelles, un art compréhensible qui se lit et bouscule au premier coup. Un art coup de poing qui s’oppose aux grandes plages de l’art abstrait car il s’attaque aux grandes interrogations et au malaise contemporain. Que l’on ne se méprenne pas, il ne s’agit pas comme certains seraient tentés de le croire de dessins enfantins ni de graffitis. Quoique.

Les personnages de Ramon sont rudimentaires, taillés à la hache, saignants de couleurs violentes et agressives. Dans ce carnage Ramon introduit auprès d’un humour grotesque l’angoisse du jour. Et alors il est difficile de taxer ces oeuvres uniquement d’inventions ludiques. Art innocent, naïf, mal éduqué, tellement loin des vielleux de l’image usuelle propre au style bourgeois.

Mais les temps ont changé, il faut s’y faire.
L’absence de fréquentation à certaines expositions de « l’art actuel », malgré le tapage publicitaire, n’est-il pas le signe de ce divorce. Dans les temps incertains où nous vivons, peut-être fallait-il un remède de cheval pour conjurer la déréliction actuelle.

 
 
 
 
Claude POILPRE (1923 – 1987)
 
 
 
 

Claude Poilpré, né en 1923, est mort à 64 ans en 1987. On ne sait trop si c’est un artiste, un philosophe ou un poète qui s’en est allé. Dans les vertiges d’une imagination débordante, il était peintre, sculpteur, céramiste, pastelliste. Il fabriquait lui-même ses pastels. Art changeant, inclassable. Aussi Poilpré a-t-il échappé aux rampes de lancement des spéculateurs. Il ne s’en est jamais plaint, tout au bonheur de concevoir et de réaliser.

Après une période figurative représentée notamment dans cette vente par un autoportrait au graphisme simplifié et dépouillé, au trait anguleux et insistant, un classicisme austère et dénudé que l’on retrouve dans ses paysages, construits comme des architectures, avec des lignes toutes de rigidité tranchant sur des fonds rougeoyants, extrêmement stylistiques, aux limites du théâtral. Ce qui ne l’empêche pas parfois de peindre des portraits féminins plus maniéristes, personnages ambigus et insolites ou des nus violemment expressionnistes aux cernes accentuées sur des aplats monochromes, se distinguant par la brutalité du trait. Il aura oublié de plaire sauf dans certaines gymnopédies de nus dansants où la technique lisse frôle parfois le surréalisme.

Cette peinture traversera différentes phases pour s’approcher progressivement de l’abstraction. Sa palette va s’enrichir, la pate se fera plus dense. Ses toiles vont osciller entre l’abstraction lyrique et une abstraction souvent plus construite.

Pourtant aux plans structurés s’opposera parfois un art plus gestuel. C’est un primitif d’une nouvelle sensibilité esthétique, inquiet parce que en perpétuel devenir, il ne sera jamais satisfait de ce qu’il crée d’où toutes ces voltes faces. C’est un caractère libre aux coups de tête inattendus, passant d’un genre à l’autre, d’une série à l’autre. Peinture de jaillissement lorsqu’il se laissera envahir par une vague de bleus chantants. Les accords de tonalité sont en quelque sorte le sujet de la toile. Un certain sentiment d’angoisse est souvent visible dans cet art à la fois ferme et délicat. Les jaunes, les rouges, les gris, soutenus par quelques accents d’outremer, seront modulés avec une rare habilité technique.

Touche à tout extrêmement doué, peintre, sculpteur, céramiste, il a été plutôt un artisan qu’un artiste. Pour lui il n’y avait pas de hiérarchie entre les genres. Délivré de toutes influences, il élabore un art où sa connaissance du métal fera merveille. Habile à battre, forger, river, souder et repousser les métaux. Esprit imaginatif, aussi bien que praticien consommé, il travaillera sans cesse et ne se sera jamais satisfait de ses travaux. A côté de ses sculptures en fer soudé, hérissées d’angles et de terminaisons aigues se détachant dans l’espace, Poilpré invente et crée tout un monde de petites figures fait d’humour et de fantaisie. Ce qui l’intéresse c’est l’étude du mouvement.

Ces oeuvres ont quelque chose d’irrémédiable que rien ne semble pouvoir modifier. Une vie frémissante les animent et créent une sculpture qui puisse être regardée en deux dimensions. Pour lui le vide est un matériau essentiel, vide interstitiel entre les plans ou vide de l’entourage, c'est-à-dire l’espace.

L’art de Poilpré s’exerce aussi bien par le recours à l’imagination que par l’observation du réel. Il a la connaissance d’un métier par lequel il se manifeste royalement, sagement.

Un homme qui a quelque chose à dire.

 
 
 
 
Thérèse RUFFIE (né en 1923)
 
 
 
 

Thérèse Ruffié a 84 ans, l’âge où l’on découvre les peintres.

Elle est née en 1923 près de Carcassonne. Elle obtient les premiers prix de sculpture et de dessin à l’Ecole des Beaux - Arts de Toulouse où elle fera deux ans d’étude de 1942 à 1944.

En 1960 elle découvre la gravure à Paris. Elle étudie toutes les techniques de l’eau forte avant d’en élaborer une qui lui est personnelle.

Elle suit le parcours obligé de tout peintre, le Salon du Trait en 1970 et 1971, le Salon des Indépendants en 1974.

Vient ensuite à partir de 1975 une période où elle se consacre en priorité au dessin et en particulier aux nus. Elle exécute une série de petits formats en pointillés ainsi que des dessins à la plume en blanc et noir. L’inspiration est personnelle, car elle ne part d’aucun objectif préalable, les formes et les valeurs se mettent en place petit à petit et aboutit à un style sur le fil du rasoir entre la figuration et l’abstraction, basé sur l’équilibre des formes et des couleurs. Pour elle la peinture est un état d’âme. Elle n’en abandonne pas pour autant la sculpture. Ces premières peintures en ont d’ailleurs respirées l’air. Paysages et natures mortes sont très construits, très rythmés, très soigneusement élaborés dans un espace bien défini.

Ces oeuvres témoignent d’une technique très sûre. Thérèse Ruffié reste un exemple de ce qu’un artiste sensible et humain a su tirer de l’expérience cubiste. En quittant la figuration ces oeuvres se fracturent, se fragmentent, s’émiettent en quelque sorte avant d’atteindre l’abstraction lyrique. Accueillant toutes les découvertes de ces années cruciales, elle les a assimilées et fondues dans son creuset propre.Thérèse Ruffié se forge une manière particulière de traiter les surfaces colorées souvent à l’aide de collages et de pastels sur papier de soie.

Il y a chez Thérèse Ruffié une volonté de création aussi éloignée que possible de l’accidentel ce qui fait que ses formes même les plus énigmatiques ne sont jamais gratuites ou littéraires.