Mstislav Dobuzhinsky (1875 - 1957)


 
 
 
 

La vente aux enchères d'œuvres importantes de Mstislav Dobuzhinsky, provenant de la succession de son fils, Rotislaw Doboujinsky constitue un événement rare pour la place parisienne et le marché international de l'Art russe.

Mstislav Dobuzhinsky est l'un des personnages centraux de la scène artistique russe pendant toute la première moitié du XXème siècle. Animateur du Mir Iskousstva jusque dans les années 1920, son émigration en 1924 d'abord pour la Lituanie puis vers les grandes capitales européennes ne l'empêche pas de conserver cette palette vive et ces formes libres, cette ironie tendant au grotesque qui font avec bonheur le style caractéristique de l'art russe au XXème siècle.

Cette vente aux enchères couvre en outre l'ensemble de l'œuvre de Mstislav Dobuzhinsky, depuis ses années d'études jusqu'à sa mort en 1957, depuis les vues urbaines jusqu'aux décors de théâtre en passant par l'illustration. Elle permet ainsi d'offrir un panorama unique sur son œuvre, pour la première fois une exposition rétrospective de l'ensemble de sa carrière.

La vacation proposée par les Maisons de vente Y-M Leroux - C Morel, J-J Mathias et Baron-Ribeyre et associés permettra donc plus largement de mettre en lumière un artiste quelque peu oublié en Occident, malgré la présence de ses œuvres dans différentes ventes internationales et les récentes expositions consacrés à l'art russe par le Musée des Beaux-Arts de Bordeaux en 2000 et 2003 ainsi que le Musée de Montmartre en 2003.

Cette vacation, exceptionnelle par sa provenance et sa représentativité, offre enfin au public des œuvres endormies depuis près d'un demi-siècle, apportant un éclairage nouveau sur l'œuvre de cet artiste au talent multiforme.

Un maître des paysages urbains

Des premières vues de Saint-Pétersbourg aux gratte-ciels new-yorkais, Mstislav Dobuzhinsky a été sa vie durant un grand artiste des vues urbaines.

Fidèle aux principes esthétiques du groupe Mir Iskousstva (Le Monde de l'Art), il délaisse les tableaux de chevalet pour les arts graphiques, la mine de plomb, la gouache ou le pastel gagnant en spontanéité et diversifiant ses pratiques picturales. Ses vues n'ont pour autant rien de simples croquis de voyageur, elles sont en effet marquées par un constant souci des compositions et de points de vue audacieux, qu'il s'agisse des toits de New York ou de la Moïka de Saint-Pétersbourg.

 
 
 
 

On ne pourra donc s'empêcher de rapprocher les vues de la Saint-Pétersbourg encore impériale des dessins et tableaux new-yorkais ou londoniens des années 1940 et 1950. On y trouve au-delà du traité, une sensibilité intacte, un même goût pour les vues urbaines délestées de la présence humaine, une poésie rare tendant à la mélancolie.

Dobuzhinsky que l'émigration et les expositions ont conduit à voyager sans cesse s'est ainsi continuellement attaché à fixer les lieux qui l'ont marqué, voyageant de ville en ville plutôt que d'un pays à l'autre. Cette prédilection pour la ville permet à travers son œuvre de dire que la France c'est Paris et sa banlieue dont il nous laisse d'émouvantes images de la Tour Eiffel ou des Usines Renault, la Hollande c'est Harlem, la Russie son Saint Pétersbourg natal comme l'Angleterre est Londres et les Etats Unis, New York, son pays d'adoption en 1947.

Le décorateur de théâtre, acteur de la révolution des arts de la scène qui s'est jouée en Russie dans la première moitié du XXème siècle.



L'art moderne russe est le plus largement diffusé en Occident à travers les ballets et leurs mises en scènes audacieuses tant par les décors que les costumes. Cette perception n'est que la répercussion de la révolution théâtrale qui s'est produite entre 1905 et 1920 à Moscou et Saint Pétersbourg animée entre autres par Stanislavski et Diaghilev.



 
 
 
 

Dans la lignée des concepts esthétiques de l'art total prônés par le Mir Iskousstva, les metteurs en scène russes ont fait appel aux peintres de ce groupe incontournable de l'Avant garde russe pour créer les décors et costumes de leurs spectacles. Cette collaboration a ainsi profondément modifié la scène du théâtre et du Ballet russe. Elle a du point de vue strictement pictural conduit à la création d'ensembles d'une rare audace et d'une grande harmonie; on peut penser par exemple au décor réalisé pour Petrouchka.

Mstislav Dobuzhinsky a ainsi conçu des décors dont la critique et l'entourage ont loué les couleurs, débutant cette activité vers 1907 avec "Le jeu de Robin et Marion" avant de travailler pour Stanislavski au célèbre Théâtre d'Art de Moscou, puis au Grand Théâtre Dramatique de Saint-Pétersbourg. Après avoir occupé une place de premier plan dans la vie artistique lituanienne, il réalisera des décors et costumes pour les plus importantes salles occidentales, de Dresde à Londres, en passant par Paris, Bruxelles, Monte Carlo pour finir à New York, en créant notamment des décors pour la 7ème symphonie de Chostakovitch en 1943.


Esthétiquement parlant, on reste frappé par la tension et la théâtralité qui ressortent de ses œuvres, conséquence somme toute logique de leur finalité dramatique. On ne peut en outre que s'étonner de la multiplicité des styles de décors que l'on trouve dans son œuvre. Dobuzhinsky peut ainsi passer des décors les plus harmonieux aux décors les plus audacieux, produisant à côtés d'œuvres plus calmes, des œuvres résolument exubérantes. A cet égard les décors créés pour le théâtre en Lituanie au début des années 1930 constituent certains de ses chefs d'œuvres.



Dobuzhinsky ne se limitait naturellement pas aux décors et fut un dessinateur de costume subtil et soucieux du détail. Ses costumes les plus audacieux sont marqués par un humour mordant dont on puise les origines dans son passé de caricaturiste. Le costume du Cosaque pour la pièce "Un Cosaque à Paris" créée dans les années 1920 n'est qu'un exemple parmi d'autres.

L'illustrateur, le caricaturiste

Membre du groupe Mir Iskousstva, Dobuzhinsky a multiplié les champs de ses recherches picturales, attachant une importance primordiale aux arts graphiques, que ce soit à travers l'illustration, l'estampe, ou la caricature. Il s'est ainsi fait le témoin du peuple russe qu'il croisait et des ouvriers dans les dernières années de l'Empire. Après la Révolution de 1905, Mstislav Dobuzhinsky a aussi collaboré à plusieurs revues satiriques comme l'Epouvantail. On trouve ici toute l'ironie de l'humour russe.

En tant qu'illustrateur Dobuzhinsky s'est surtout attaché à la littérature russe comme le firent d'ailleurs les peintres du cercle de Saint Pétersbourg encore bien après sa dissolution. L'une de ses plus grandes réussites en la matière est sans aucun doute l'illustration qu'il fit en 1922 - 1923 pour les "Les Nuits Blanches" de Dostoïevski. On trouvera la trace de ce travail dans un ensemble exceptionnel de 17 illustrations à l'encre qui constituent les originaux de ce chef d'œuvre. D'un autre côté, les amateurs français apprécieront sans doute plus particulièrement le travail d'illustration que Dobuzhinsky a fait pour "L'assommoir" de Zola en 1923.

 
 
 
 

Le témoin d'une époque capitale, par ses fréquentations, son parcours et ses expositions.
Le parcours de Mstislav Dobuzhinsky est à maints égards celui de la plupart des artistes de l'Avant Garde russe au XXème siècle. Ses œuvres permettent de reconstituer et suivre l'évolution de cet intense mouvement créatif. Il débute ainsi sa carrière par un apprentissage à Munich avec Kandinsky et Jawlensky chez Ashbe période d'enseignement dont une toile représente l'atelier. De retour à Saint Pétersbourg, il adhère au groupe du Mir Iskousstva fondé par Diaghilev et Benois, puis en devient président. Il participe alors à toutes les grandes expositions d'art russe du premier tiers du XXème siècle toujours aux côtés des Kandinsky, Jawlensky, Serov ou Korovine, que ce soit à Berlin en 1906, à l'Exposition Russe organisée par Diaghilev à Paris, à Bruxelles en 1910, Rome en 1911, à l'Exposition internationale de Malmö en 1914. L'exil ne l'empêchera pas de continuer à exposer dans les galeries françaises et européennes, on peut penser à la Galerie Druet en 1929.

Mstislav Dobuzhinsky s'est ainsi toujours trouvé au centre du mouvement d'Avant Garde Russe, animateur avec Benois de l'école de Saint-Pétersbourg. C'est le cas pour l'enseignement lorsqu'il répond à l'appel de Marc Chagall pour participer à l'Ecole de Vitebsk. C'est aussi le cas pour les arts de la scène en général et le théâtre en particulier où il commence à travailler sur des décors et des costumes avec Stanislavski avant de dessiner pour Diaghilev à Moscou, Balieff à Paris dans les années 1920, Michel Tchekhov à Londres puis à New York après 1939.

Cette position centrale dans le mouvement artistique russe, qui emmène en exil l'acquis des expériences réalisées dans les années 1910-1920 lui confère un rôle d'ambassadeur d'un art qui a marqué l'imaginaire occidental.

Mstislav Dobuzhinsky est donc autant le témoin que l'acteur d'une époque qui a vu l'art russe s'émanciper de l'art occidental, se répandre en Europe et aux Etats Unis en conservant cette âme à nulle autre pareille à travers les formes d'expression les plus diverses, de la peinture de chevalet au théâtre en passant par l'illustration. Que ce soit à travers les vues urbaines l'illustration ou les décors de théâtre, son œuvre véhicule la force de caractère, qu'elle soit mélancolique ou exubérante, qui fait le charme de la peinture russe.

Escamoté par la radicalité des artistes constructivistes et abstraits, Mstislav Dobuzhinsky reste néanmoins l'une des figures majeures du courant réaliste de l'Avant Garde russe, avec les autres peintres du Mir Iskousstva. On se doit en effet de reconsidérer l'intérêt pour les peintres d'Avant Garde restés dans le réalisme et le symbolisme.

C'est en tout cas le choix d'un Vladimir Nabokov qui interrogé en 1970 affirmait encore : " Je préfère la décennie expérimentale qui a coïncidé avec mon enfance, Sornov, Benois (l'oncle de Peter Ustinov, vous savez) Vroubel, Dobuzhinsky, etc. Malevitch et Jawlensky ne signifient rien pour moi."

 
 
 
 
Chronologie :

14 août 1875 Naissance à Novgorod
1885 - 1887 Etudie à l'école de dessin de la Société d'Encouragement aux Beaux-Arts
1895 -1899 Etudie à la faculté de droit de Saint-Pétersbourg
1899- 1901 Etudes à Munich chez A. Ashbe, comme Kandinsky et Jawlensky (et pendant les cours d'été chez Holoczy jusqu'en 1903)
1897 - 1902 Illustrateur pour " La Libellule " et " Le Bouffon "
1900 Production de cartes postales de Saint-Pétersbourg éditée par la Commune Saint Eugénie
1902 Rejoint officiellement le groupe Mir Iskousstva (Le Monde de l'Art) fondé par Diaghilev
1905 - 1906 Suite à la Révolution, participe aux revues politiques satiriques " L'Epouvantail " et " La Poste infernale "
1906 Participe à l'Exposition Russe organisée par Diaghilev à Paris
1906 - 1915 Participe aux revues " La Toison d'or " et " Apollon "
1907 Réalise le décor pour " Le Jeu de Robin et de Marion " au théâtre d'Antan
1909 - 1917 Réalise 12 décors pour le Théâtre d'Art de Moscou dirigé par Stanislavski (Un mois à la campagne, Le parasite; Les Démons, La Provinciale; Du Malheur d'avoir trop d'esprit; …)
1908 - 1909 Expose au Salon Makovski
1906 - 1910 Enseigne à l'Ecole de Madame Zvantseva à Saint- Pétersbourg
1910 Exécute de nombreux portraits (Stanislavski ; Yakoulov, Benois, Mitrokine, …)
Participe au cabaret La Chauve-Souris, théâtre satirique pour artistes ; réalise des décors pour une parodie de " La Traviata " Participe à la refondation du Mir Iskousstva et à ses expositions jusqu'à son émigration en 1924
1910 Exécute des décorations d'intérieur jusque vers 1920 environ
1911 La revue Apollon consacre à Dobuzhinsky un article monographique reprenant ses œuvres de 1901 à 1910 Expose à Rome, puis à Venise en 1913 et à nouveau à Rome en 1914
1914 Participe à l'Exposition internationale de Malmö avec 18 autres artistes russes dont Kandinsky, Jawlensky, Korovine, …
Travaille pour Diaghilev pour ses ballets Les papillons et Midas
Travaille pour Anna Pavlova La Fée des poupées
Première Guerre mondiale Mobilisé dans la Croix Rouge
Fin 1918 - Début 1919 Répond à l'appel de Marc Chagall et rejoint Vitebsk comme Directeur de l'Ecole de Vitebsk organisée par ce dernier. Il est le représentant de la tendance réaliste à l'Ecole
1919 - 1920 Réalise les décors et costumes pour Danton de Levberg, Le Roi Lear de Shakespeare et Olivier Cromwell de Lounatcharski pour le Théâtre Maly à Moscou
1921 - 1923 Illustration des Nuits Blanches de Dostoïevski
1924 Emigre en Lituanie, où il enseigne à l'Ecole d'Art de Kaunas et voyage dans toute l'Europe au gré des expositions.
1926 - 1928 Travaille pour Balieff au cabaret de La Chauve-souris à Paris
1929 Expose à la Galerie Druet à Paris
1931 Directeur artistique du Théâtre National de Lituanie
1936 Illustre le Roman de Pouchkine Eugène Onéguine
1938 Séjour à Londres à l'invitation de Tchekhov pour collaborer à l'Ecole théâtrale que ce dernier vient de fonder
1939 Rejoint les Etats-Unis avec Michel Tchekhov
1943 Réalise plusieurs tableaux pour La 7ème Symphonie (dite de Leningrad) de Chostakovitch présentée à New York 1947 Devient citoyen Américain, séjourne la majeure partie de son temps en Europe
20 novembre 1957 Meurt à New York est enterré au cimetière russe de Sainte Geneviève des Bois

Rotislaw Dobuzhinsky (1903 - 2000)

Le fils de l'Artiste

Né en 1903 à Saint-Pétersbourg, il découvre l'art du décor de théâtre auprès de son père, Mstislav Dobuzhinsky. Suivant son père en France, il s'installe comme décorateur pour le théâtre dans les années 1930 et travaille notamment pour Louis Jouvet dans sa mise en scène d'Ondine de Jean Giraudoux. Dans les années 1950, il travaille non seulement pour le théâtre mais aussi pour le cinéma français. C'est d'ailleurs à cette occasion qu'il crée des masques, créations qui lui apporteront sa renommée dans le monde du spectacle.

Les deux décennies qui suivent marquent sont apogée, il conçoit ainsi des décors pour les metteurs en scène de théâtre ou de ballet dans toute l'Europe, on peut penser par exemple à Noureev pour un spectacle à Stockholm, Raymond Rouleau en France, Franco Zeffirelli à la Scala de Milan.

Son chef d'œuvre reste cependant ses costumes pour Peine de Cœur d'une Chatte anglaise d'après Balzac, monté en 1977 pour le festival de Shiraz. Ce sera l'occasion de créer certains de ses plus beaux masques qu'il donnera d'ailleurs à la Bibliothèque de l'Arsenal.

Ce sont les œuvres qu'il avait conservées de son père, mort en 1957, qui seront offertes aux enchères par les Maisons de vente Y-M Leroux - C Morel, J J Mathias et Baron-Ribeyre et Associés.

(D'après Encyclopædia Universalis)

Muséographie :

- Galerie Trétiakov, Moscou
- Musée Pouchkine ; Moscou
- Musée Russe, Saint-Pétersbourg
- Musée d'art et du Théâtre d'Art Maxime Gorki, Moscou
- Public Librairy, New York

Bibliographie :

- Art russe des Scythes à nos jours : Exposition aux Galeries nationales du Grand Palais, Paris, 1967 -1968
- BORISOVA Hélène : Art Nouveau russe, Paris 1987
- LE FOLL Claire : L'Ecole artistique de Vitebsk, 1897 - 1923", Paris, 2002
- MANIN Vitali : L'Art Russe 1900 - 1935 : Tendances et mouvements, Paris, 1989
- MARCADET Valentine : Le renouveau de l'art pictural russe, Lausanne, 1971
- PETROV : Art Nouveau en Russie : Le Monde de l'Art et les peintres de Diaghilev, Bornemouth, 1997
- Russes : Exposition au Musée de Montmartre, Paris, 2003
- Symbolisme russe : Exposition au Musée des Beaux Arts, Bordeaux, 2000
- The age of Diaghilev : Exposition au Musée Russe, Saint-Pétersbourg, 2001
- Paris Russe : Exposition au Musée des Beaux Arts de Bordeaux, de Wupperthal en Allemagne et de Saint-Pétersbourg en Russie, 2003

Informations pratiques

Responsables de la vente :

Yves-Marie Leroux - Christophe Morel - Jean-Jacques Mathias

Experts de la vente :

Pour les dessins et tableaux modernes : André et Eric Schoeller - 01 47 70 15 22

Pour les estampes : Jean-Claude Romand - 01 43 26 43 38

Lieu de vente :

Vente à Paris, Drouot Montaigne le vendredi 24 juin 2005
Expositions publiques à Paris, Drouot Montaigne, le jeudi 23 juin 2005

Exposition d'une sélection d'œuvres lors des Temps Forts à Drouot Montaigne,
du mercredi 25 au lundi 30 mai 2005
Drouot Montaigne - 9 avenue Montaigne - 75008 Paris

Matériel de documentation :

- Catalogue disponible début juin 2005 sur simple demande
- Reproduction de l'intégralité des œuvres mises en ventes à partir du 1er juin 2005
sur notre site internet : blm-auction.com
- Illustrations reproduites dans le dossier de presse disponibles :
en format informatique
en diapositive
en ektachromes

- Entretiens possibles avec les Commissaires-priseurs et experts sur rendez-vous

Contact pour tout renseignement :

Benoît Fieux / Adrien Blanchet Tel : 01 47 70 83 00 Tel : 01 47 70 00 36 / 06 71 22 95 87